Comment intégrer la philosophie dans le cadre du soin et de la thérapie ? | Thérapie

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Passer outre les considérations habituelles des individus pour la philosophie est une gageure pour qui tient cette discipline à coeur. La philosophie, cet amour de la sagesse, est excessivement mal connue : la plupart des gens n’imaginent pas le potentiel thérapeutique contenu dans ces ouvrages que beaucoup jugent poussiéreux et inutiles à notre vie quotidienne, surtout à notre époque basée dans le concret, la rapidité d’exécution et les solitudes individualistes.

Devenir philosophe réside en chacun, comme un don, une curiosité qui éveille la conscience, mais cette aptitude se travaille à travers les grands auteurs et les textes fondateurs.

L’apprenti philosophe va d’abord apprendre à prendre le temps de se poser des questions : cela constitue une épreuve en soi tant nous sommes « drillés » à appréhender cette vitesse dans tous les domaines de notre vie et même dans notre sphère intime. Regardons comme les thérapies brèves ou fonctionnelles prennent une majeure partie de la place du soin. Les médicaments doivent agir vite car plus personne « n’a le temps pour un mal de tête », comme le clame la publicité. L’heure est au confort matériel qui remplace le confort intérieur et ce qui fait notre condition d’être humain, faisant la part belle à des maux qui se manifestent tels des signaux d’alarme, car notre humanité avec ses failles nécessaires, est négligée.

Notre humanité est ce que la philosophie aide retrouver en premier lieu. Elle propose un retour à l’essentiel, ce qui constitue notre « essence » ; ce que les philosophes nomment l’ « être-au-monde » (Hegel).

Qui touche à la philosophie s’en retrouve changé car toute philosophie qui vaut d’être appelée comme telle constitue en soi une thérapie ; Epicure était déjà persuadé de ce fait au temps de la Grèce antique.

Epicure prétendait que la recherche du bonheur véritable était la thérapie nécessaire à notre humanité. Aristote déclamait que « la vie bonne dans la cité » et les moyens d’accéder à ce bien suprême est le but principal de toute existence. Kant cherchait la morale, Descartes voulait dissiper le doute et rétablir la raison en cherchant la juste mesure entre notre volonté infinie et nos possibilités finies, dans un nécessaire rappel de la condition humaine. Pour Alain, l’essentiel consistait dans un effort de conformité entre action et pensée.

Tous ces personnages nous apprennent à discerner le nécessaire du superflu ; c’est en effet ainsi qu’Epicure trouve la voie d’accès au bonheur : dans une vie débarrassée de l’obsession du confort matériel et des tracas liés à celui-ci qui rendent l’être humain malade. Loin d’une discipline ascétique, la philosophie cherche à enrichir l’homme par la connaissance de ce qui le constitue ; sa conscience, son âme, et la recherche d’une harmonie par l’apaisement et la sérénité lorsqu’il entrevoit la possibilité de faire enfin partie d’un tout, dans une sorte de lâcher-prise orienté et construit.

Lorsqu’on pousse plus avant la découverte philosophique, on se rend compte que la multitude de discours, tous horizons confondus, ne cherche à comprendre qu’une même chose : comment être-au-monde avec le moins de souffrances possibles ? En effet, le discours d’Epicure n’est pas sans rappeler les disciplines orientales, et bien que datant d’une époque éloignée, il nous parle avec des mots qui résonnent encore aujourd’hui tant les préoccupations humaines restent inchangées à travers le temps. Son but est également contemporain : se libérer de l’anxiété pour atteindre l’ataraxie.
La prise de lucidité touche à la superficialité du matérialisme, mais aussi à d’autres domaines tels que la peur de la mort (probablement la source de l’activité actuelle autour du jeunisme) et à notre perception du monde qu’elle tend à rendre lisible. Elle peut aussi nous aider à nous focaliser sur les objectifs pouvant être atteints dans le présent en laissant de côté le passé et l’avenir (travers que l’oriental reproche et comprend comme la source majeure de la souffrance occidentale)…

La rationalité, nécessaire à la philosophie, aide énormément l’humain et l’enjoint à trouver des buts objectifs et à sortir du futile. La raison est là pour nous prouver que la vie, à entendre comme les sentiments et les ressentis subjectifs, ne peut être source de morale. La morale entendue par la philosophie n’a rien voir avec une religion, ou une croyance quelconque ; justement, elle s’invite également à une critique raisonnée de la spiritualité sans toutefois l’interdire. La morale est vue comme une recherche de valeurs suprêmes. Spinoza allait également dans ce sens lorsqu’il prônait l’éthique de la joie.

Le philosophe, par essence, se pose en questionneur plutôt qu’en savant. Il quitte les hauteurs académiques où la plupart des gens croient qu’il se complait, avec son langage obscur et ses questions en spirale, pour retourner sur le terrain de la vie humaine dans un champ concret et terre-à-terre. La réponse à une des questions premières semble être la tentative de suppression du manque de sens, de l’absurdité de l’existence humaine.

Socrate postulait qu’il ne savait rien et comme tel, aidait à accoucher les âmes ; c’est la position essentielle de la philosophie. Savoir qui l’on est réellement sans s’identifier à son travail, à ceux qui nous font face ou à sa famille est une démarche philosophique. La recherche sur les pathologies contemporaines montre souvent une impossibilité pour l’individu contemporain à se raconter lui-même. Etre ce qu’on éprouve en se voyant avec distance peut être une forme de dialogue socratique, un accès à la parole profonde. Apprendre à se préoccuper moins de son travail et réapprendre à jouir du plaisir de contempler, d’aimer et d’exister.
Accepter le questionnement permet également de faire face à la nouveauté, de se surprendre soi-même et de remettre en question ses identifications afin de sortir de l’aliénation (être pour et par les autres, dans des contraintes qui nous éloignent de ce qui compte vraiment). En bref, le but est toujours la recherche de Sa propre Vérité et non pas celle qui a été construite par notre histoire.

La thérapie philosophique donne accès au sens de la vie, à la différence des autres thérapies. Elle s’adresse à qui veut un questionnement plus profond que la guérison de la cause des maux mais peut contribuer à guérir ce mal car elle est un véritable travail sur le sens de la vie.
Par ce but, accroitre sa capacité à donner, à créer et à vivre du sens, la philosophie est indiquée dans des pathologies qui sont le signe d’une perte de ce sens, d’un manque de sa vérité.

« Si je souffre parce que ma vie n’exprime pas ce que je suis, alors peut-être, la thérapie philosophique pourra-t-elle m’aider. Le sens, c’est ce qui permet à la vie humaine d’être supportable sans illusion. Plus manque le sens, plus grandit le besoin d’illusion. »

Et cela illustre parfaitement les besoins récurrents dans notre monde contemporain, enfermé dans des désirs et dans un besoin de contrôle. Remonter à la source de nos désirs, comprendre pourquoi ils sont là revient à réconcilier affectif et raison, en tant que nous sommes source de nos passions et de nos désirs et qu’ils ne doivent pas être conditionnés par le monde extérieur. (Spinoza)

Enfin, en mettant en place ce dialogue philo-thérapeutique, nous ne faisons que suivre ce qui existe déjà depuis une vingtaine d’années aux Etats-Unis, et suit la ligne de ce que nous commençons à voir également chez nous ; à savoir un mélange qui conduit à un éclatement de certaines catégories apparemment tranchées, mais qui se rejoignent dans leur but initial : la santé de l’esprit.

Article de: Evelyne Dehenin
licenciée en philosophie, maitre en sciences de la famille et de la sexualité ; praticien TBT (thérapie brève du trauma) par l’hypnose conversationnelle et en préparation de doctorat UCL

1 commentaire
  1. La véritable philosophie traditionnelle se confond avec l’art de la médecine ou philosophie hermétique. Il y aurait grand intérêt à relire tous ces anciens comme Gerard Dorn ou Paracelse ou même Michael Maier, qui ont été volontairement éclipsé jadis par le rationalisme.

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