Kinésiologie : principe, déroulement d’une séance et limites
Publié le par Rédaction PsychoBienEtre
La kinésiologie utilise un « test musculaire » pour guider un travail sur le stress et les émotions. Elle peut offrir un moment d’écoute et de détente, mais ce test n’a pas de fiabilité démontrée et ne remplace aucun diagnostic.
La kinésiologie est une approche de bien-être qui utilise un « test musculaire » : le praticien appuie légèrement sur un bras tendu et interprète sa résistance pour orienter la séance. Elle peut offrir un moment d’écoute et de détente, mais le test musculaire n’a pas montré de fiabilité dans les études, et la kinésiologie ne permet ni de diagnostiquer ni de traiter une maladie. C’est une pratique complémentaire, à aborder avec un regard critique.
D’où vient la kinésiologie ?
La kinésiologie appliquée est née aux États-Unis dans les années 1960, à l’initiative d’un chiropracteur, George Goodheart. Son idée : la force d’un muscle refléterait l’état d’un organe, d’une émotion ou d’un « déséquilibre énergétique ». Plusieurs branches se sont ensuite développées, souvent en mêlant ce test musculaire à des notions issues de la médecine traditionnelle chinoise (méridiens, énergie) ou de la psychologie.
On trouve aujourd’hui de nombreuses écoles : kinésiologie « éducative » (souvent proposée pour les apprentissages scolaires), « Touch for Health », kinésiologie dite « émotionnelle », etc. Leurs méthodes et leurs formations varient beaucoup.
Attention à la confusion avec la « kiné »
En Belgique, on dit souvent « aller chez le kiné » pour parler du kinésithérapeute. Les deux métiers n’ont rien à voir. Le kinésithérapeute est un professionnel de santé reconnu, formé à l’université ou en haute école, qui pratique la rééducation sur prescription et peut être remboursé. Le kinésiologue n’a pas de statut de professionnel de santé, et sa pratique n’est pas remboursée par l’assurance maladie obligatoire.
Comment se déroule une séance ?
Une séance dure en général une heure environ. Elle se déroule habillé, le plus souvent allongé ou assis.
L’entretien : vous expliquez ce qui vous amène (stress, difficulté à prendre une décision, émotions envahissantes, blocage dans les apprentissages…).
La définition d’un objectif : par exemple « me sentir plus serein avant mes examens ».
Le test musculaire : le praticien appuie doucement sur votre bras pendant que vous pensez à une situation ou qu’il prononce des phrases. Selon que le bras « tient » ou « lâche », il choisit une piste de travail.
Les « corrections » ou « équilibrations » : mouvements croisés, points à masser ou à toucher, respiration, visualisation, parfois couleurs ou sons.
Un retour sur l’objectif et, parfois, de petits exercices à refaire chez soi.
Beaucoup de personnes décrivent un moment agréable, un sentiment d’avoir été écoutées et de mieux comprendre ce qu’elles vivent. Ce ressenti est réel ; la question est de savoir d’où il vient.
Le test musculaire est-il fiable ?
C’est le point central. Lorsque le test musculaire a été évalué en conditions contrôlées (praticien et personne ne sachant pas ce qui est testé), il n’a pas donné de meilleurs résultats que le hasard. Autrement dit, il ne permet pas de détecter une intolérance alimentaire, une carence, un problème d’organe ou une émotion cachée.
Comment expliquer alors que le bras « lâche » parfois ? Plusieurs facteurs peuvent jouer sans que personne ne triche :
de légères variations de pression ou d’angle de la part du praticien ;
la fatigue musculaire au fil des tests ;
les attentes, conscientes ou non, des deux personnes (c’est ce qu’on appelle l’effet idéomoteur : de petits mouvements involontaires guidés par ce qu’on pense) ;
la concentration ou la distraction du moment.
Les notions de méridiens et d’énergie sur lesquelles s’appuient certaines branches n’ont pas non plus été démontrées scientifiquement.
En bref : la kinésiologie peut procurer un moment de calme et de réflexion sur soi. Mais son outil principal, le test musculaire, n’est pas fiable, et elle ne remplace ni un diagnostic médical ni une psychothérapie.
Que peut-on raisonnablement en attendre ?
Si vous choisissez d’essayer, gardez des attentes mesurées. Ce qui peut aider, ce sont des éléments que l’on retrouve dans beaucoup d’approches d’accompagnement :
le temps d’écoute, qui permet de mettre des mots sur une difficulté ;
la formulation d’un objectif clair et positif ;
la détente : respiration, toucher doux, calme de la séance ;
de petits exercices de concentration ou de mouvement.
Ces bénéfices ne sont pas propres à la kinésiologie. Si votre besoin principal est de mieux gérer votre stress, des méthodes comme la sophrologie ou la méditation de pleine conscience proposent des exercices que vous pouvez apprendre à pratiquer seul.
Et pour les enfants ?
La kinésiologie est souvent proposée pour des enfants qui ont des difficultés scolaires, d’attention ou de comportement. Prudence : ces difficultés peuvent avoir des causes qui demandent un vrai bilan (trouble de la vue ou de l’audition, trouble des apprentissages comme la dyslexie, trouble de l’attention, anxiété, harcèlement). Commencez par le médecin, le pédiatre ou le centre PMS de l’école en Belgique, la médecine scolaire en France. Un bilan chez un logopède (orthophoniste en France), un neuropsychologue ou un psychologue est souvent plus utile.
Un exemple pour y voir clair
Sophie, 35 ans, consulte une kinésiologue pour un stress au travail. Pendant la séance, la praticienne teste son bras et lui annonce une « intolérance au gluten » et un « blocage lié à l’enfance ». Sophie supprime le pain, se sent un peu mieux quelques jours, puis s’inquiète. Son médecin lui explique qu’une intolérance ou une maladie cœliaque se recherche par une prise de sang et, si besoin, un examen spécialisé, et qu’il ne faut pas supprimer le gluten avant ces tests, au risque de les fausser. Ce qui l’avait aidée, c’était surtout d’avoir pris une heure pour parler de son stress. Elle a ensuite trouvé des outils plus adaptés auprès d’une psychologue.
Quels signaux doivent vous alerter ?
| Situation | Pourquoi c’est un problème |
|---|---|
| Le praticien « diagnostique » des intolérances, carences ou maladies par le test musculaire | Ce test n’a aucune valeur diagnostique ; risque de régimes inutiles ou de retard de soins |
| Il vous conseille d’arrêter un traitement | Danger pour votre santé ; aucun praticien de bien-être ne doit le faire |
| Il « révèle » un traumatisme ou un souvenir oublié | Risque de faux souvenirs et de conflits familiaux graves |
| Il promet de guérir ou de « débloquer » rapidement | Aucune méthode ne peut le garantir |
| Séances très nombreuses, achats de produits, stages coûteux | Dépendance financière et affective |
| Il vous éloigne de vos proches ou des médecins | Signe possible d’emprise |
Pour mieux comprendre les mécanismes d’influence, vous pouvez lire notre article sur la psychologie au service de la manipulation.
Comment bien choisir un kinésiologue ?
Le titre n’étant pas protégé, posez quelques questions avant de prendre rendez-vous :
Quelle formation avez-vous suivie, et combien de temps a-t-elle duré ?
Adhérez-vous à une fédération ou à un code de déontologie ?
Que faites-vous si vous pensez qu’un problème relève de la médecine ou de la psychologie ?
Combien de séances proposez-vous en général, et à quel tarif ?
Un praticien sérieux présente sa pratique comme un accompagnement de bien-être, reconnaît ses limites et vous oriente vers un professionnel de santé quand c’est nécessaire.
Quand consulter ?
En cas de symptômes physiques (douleurs, fatigue persistante, troubles digestifs, maux de tête répétés), consultez d’abord votre médecin traitant. Pour une souffrance psychologique qui dure (anxiété, tristesse, troubles du sommeil, difficultés relationnelles), un psychologue ou un psychiatre est l’interlocuteur adapté ; notre article sur les différences entre psychologue, psychiatre et psychothérapeute vous aidera à choisir.
Si vous souhaitez essayer la kinésiologie en complément, vous pouvez trouver un kinésiologue près de chez vous dans notre annuaire, et lui poser vos questions avant la première séance.
Questions fréquentes
La kinésiologie est-elle reconnue ?
Non, ni en Belgique ni en France, elle n’est reconnue comme pratique de santé. Elle n’est pas remboursée par l’assurance maladie obligatoire, même si certaines mutualités ou assurances complémentaires accordent une petite intervention pour les approches dites alternatives.
Combien de séances faut-il ?
Il n’existe pas de règle validée. Méfiez-vous d’un praticien qui annonce d’emblée un grand nombre de séances. Si vous ne ressentez aucun bénéfice après deux ou trois rendez-vous, il est raisonnable d’arrêter ou de vous tourner vers une autre approche.
La kinésiologie peut-elle aider en cas d’anxiété ?
Elle peut procurer un moment de détente, mais elle n’a pas fait ses preuves pour traiter un trouble anxieux. Les thérapies cognitives et comportementales, menées par un psychologue ou un psychiatre, sont les approches de référence dans ce cas.
Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.