EFT (technique de libération émotionnelle) : fonctionnement et limites
Publié le par Rédaction PsychoBienEtre
L’EFT consiste à tapoter certains points du visage et du corps en pensant à une émotion difficile. Elle peut aider à apaiser un stress passager, mais ses explications « énergétiques » ne sont pas démontrées et elle ne remplace pas une psychothérapie.
L’EFT (Emotional Freedom Techniques, ou techniques de libération émotionnelle) consiste à tapoter du bout des doigts une série de points du visage et du haut du corps tout en se concentrant sur une émotion ou une situation difficile. Elle peut aider certaines personnes à faire baisser un stress ou une anxiété passagère, mais les explications « énergétiques » avancées ne sont pas démontrées et elle ne remplace pas une psychothérapie reconnue. On l’appelle aussi « tapping ».
D’où vient l’EFT et sur quoi repose-t-elle ?
L’EFT a été développée dans les années 1990 aux États-Unis par Gary Craig, qui n’était pas psychologue. Elle simplifie une méthode plus ancienne, la Thought Field Therapy du psychologue Roger Callahan. Les deux s’inspirent de la notion de méridiens de la médecine traditionnelle chinoise : les émotions négatives seraient liées à une « perturbation du système énergétique », que le tapotement viendrait corriger.
Cette explication n’a pas été confirmée : l’existence des méridiens n’a pas été mise en évidence, et des études ont montré que tapoter des points « au hasard » donnait des résultats proches. Les effets ressentis s’expliquent sans doute par d’autres ingrédients, bien connus en psychologie :
l’exposition : on accepte de penser à ce qui fait peur ou mal, au lieu de l’éviter ;
l’acceptation : on formule l’émotion sans se juger (« même si j’ai peur, je m’accepte ») ;
la mesure de l’intensité, qui aide à prendre du recul ;
le toucher et le rythme, qui détournent l’attention et apaisent, un peu comme on berce un enfant ;
la respiration et la relation avec le praticien.
Comment se déroule une séance ?
Une séance avec un praticien dure en général de 45 minutes à une heure. Après un entretien sur ce qui vous amène, le praticien vous guide à travers une « ronde » de tapotements :
Choisir une cible : une situation précise (« la réunion de lundi ») plutôt qu’un problème général.
Évaluer l’intensité de l’émotion de 0 à 10.
La phrase de départ : en tapotant le tranchant de la main, on répète par exemple « Même si je stresse pour cette réunion, je m’accepte tel que je suis ».
La ronde : on tapote environ sept fois chaque point (sommet de la tête, début du sourcil, coin de l’œil, sous l’œil, sous le nez, creux du menton, clavicule, sous le bras) en répétant un mot-rappel (« ce stress »).
Réévaluer l’intensité, puis recommencer si besoin.
Le praticien peut aussi vous apprendre à pratiquer seul entre les séances. C’est d’ailleurs l’un des intérêts de la méthode : elle est simple et ne demande aucun matériel.
Petit exercice pour essayer
Pensez à une contrariété légère du moment (pas un traumatisme). Notez son intensité de 0 à 10. Tapotez doucement le tranchant de votre main en disant trois fois : « Même si je suis agacé par cette situation, j’accepte ce que je ressens ». Puis tapotez chaque point de la ronde quelques secondes en disant « cet agacement », en respirant calmement. Réévaluez. Si l’intensité ne baisse pas, ce n’est pas un échec : la méthode ne convient pas à tout le monde. Vous pouvez aussi essayer les exercices de respiration pour se détendre.
En bref : l’EFT associe tapotements et attention portée à une émotion. Elle peut aider à apaiser un stress ponctuel, probablement grâce à l’exposition, à l’acceptation et à la détente, mais pas grâce à une « énergie ». Elle ne remplace pas une psychothérapie validée.
Que disent les études ?
L’EFT a fait l’objet de davantage d’études que beaucoup d’autres pratiques de bien-être. Plusieurs d’entre elles suggèrent une diminution du stress, de l’anxiété ou de certaines peurs après quelques séances. Mais ces travaux présentent souvent des limites :
des groupes de petite taille ;
des comparaisons avec « ne rien faire » plutôt qu’avec une thérapie reconnue ;
des études menées par des promoteurs de la méthode ;
un suivi souvent court.
En résumé, l’EFT peut avoir un intérêt comme outil d’apaisement, mais elle n’a pas le niveau de preuve des thérapies de référence. Les recommandations internationales pour le stress post-traumatique placent en première ligne les thérapies cognitives et comportementales centrées sur le trauma et l’EMDR, pas l’EFT.
Pour quelles situations peut-elle être utile, et lesquelles non ?
| Peut être essayée | Demande d’abord un professionnel de santé |
|---|---|
| Stress avant un examen, un entretien, une prise de parole | Trouble anxieux qui gêne la vie quotidienne |
| Contrariété, agacement, tension passagère | Dépression, idées noires |
| Petites appréhensions (peur des piqûres légère, par exemple) | Phobie invalidante, attaques de panique répétées |
| Complément de relaxation au quotidien | Traumatisme, violences subies, stress post-traumatique |
| Envie d’un outil simple d’autorégulation | Douleurs physiques, troubles du sommeil persistants, addictions |
Pour les troubles anxieux, notre article Troubles anxieux : symptômes, types et traitements présente les approches reconnues.
Un exemple concret
Thomas, étudiant, a une boule au ventre avant chaque oral. Une praticienne lui apprend la ronde de tapping en une séance. Avant ses examens, il s’isole deux minutes, tapote les points en pensant « ce trac » et respire lentement. Il ne se sent pas transformé, mais il trouve que son cœur se calme un peu plus vite et qu’il se sent moins démuni. Pour lui, c’est un outil parmi d’autres, comme la respiration lente. Si son trac l’avait empêché de se présenter aux examens ou provoqué des attaques de panique, une thérapie cognitive et comportementale aurait été plus adaptée.
Quels signaux doivent vous alerter ?
Un praticien qui promet de « libérer » définitivement une phobie, un trauma ou une maladie en une séance.
Des allégations sur des maladies physiques (allergies, douleurs chroniques, maladies auto-immunes, cancer).
Le conseil d’arrêter un traitement ou une psychothérapie.
La « remontée » de souvenirs oubliés, qui expose à de faux souvenirs.
Des séances très nombreuses ou des formations coûteuses présentées comme indispensables.
Comment choisir un praticien ?
Le titre de praticien en EFT n’est pas protégé : les formations vont de quelques jours à des cursus plus longs. Demandez quelle est sa formation de base (psychologue, médecin, infirmier, coach…), s’il est supervisé, et comment il réagit si une émotion trop forte surgit pendant la séance. Un praticien sérieux sait reconnaître les situations qui dépassent son champ et vous orienter vers un professionnel de santé.
Quand consulter ?
Si l’anxiété s’accompagne de symptômes physiques (palpitations, douleurs dans la poitrine, essoufflement), consultez d’abord votre médecin traitant pour écarter une cause médicale. Si votre stress, votre tristesse ou vos peurs durent depuis plusieurs semaines et vous empêchent de vivre normalement, un psychologue ou un psychiatre pourra vous proposer une prise en charge validée. Lors d’une crise, notre article sur la crise d’angoisse donne des gestes simples.
Après un traumatisme ou en cas d’idées noires, n’attendez pas : en Belgique, le Centre de Prévention du Suicide répond au 0800 32 123 ; en France, composez le 3114 ; en cas d’urgence, le 112.
Pour un accompagnement de bien-être en complément, vous pouvez trouver un thérapeute près de chez vous dans notre annuaire. Demandez-lui sa formation de base : un psychologue formé à l’EFT n’offre pas les mêmes garanties qu’un praticien formé seulement à la méthode.
Questions fréquentes
Peut-on pratiquer l’EFT seul ?
Oui, pour un stress léger, c’est même l’un de ses intérêts. Pour des émotions intenses, un traumatisme ou une souffrance qui dure, mieux vaut être accompagné par un professionnel de la santé mentale.
L’EFT convient-elle aux enfants ?
Une version simplifiée et ludique peut aider un enfant à apaiser une petite peur. Si l’enfant est anxieux de façon persistante, triste, ou s’il change de comportement, parlez-en à son médecin ou à un psychologue pour enfants.
Combien de séances faut-il ?
Il n’existe pas de nombre validé. Pour un stress ponctuel, une ou deux séances suffisent souvent à apprendre la technique. Si vous ne ressentez aucun bénéfice après quelques séances, tournez-vous vers une autre approche.
Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.